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Histoire du marais communal de Sansais – La Garette

Du Moyen Âge au XIXe siècle

En France, les marais dits communaux apparaissent au Moyen Âge. Des seigneurs (laïques ou ecclésiastiques) accordent aux communautés rurales l’usage collectif de certaines terres.
Dans le Marais poitevin, ces espaces, vastes prairies humides, ont été aménagés entre le Xe et le XIIe siècle, principalement par des moines qui mettent à disposition des plus modestes des terres gagnées sur la mer pour la pêche, la chasse ou le pâturage.

Des villages possédaient des terres exploitées en commun (bois, marais, pâtures) réparties par les seigneuries locales, souvent attestées dans les chartes médiévales. Ces biens communaux faisaient partie intégrante de la vie rurale. À Sansais, le seigneur concède aux habitants de la paroisse un droit d’usage collectif.

En 1791, un contentieux oppose la nouvelle commune de Sansais à l’ancien seigneur, Gabriel Henri de Villedon, au sujet de la propriété du marais.
Après la Révolution, la Constitution de 1793 reconnait juridiquement les biens communaux désormais attribués aux communes. Dès lors, la gestion du marais communal est assurée par une commission issue du conseil municipal, chargée notamment d’établir chaque année un calendrier pour le pâturage, de fixer le nombre de bovins et d’équidés autorisés, les périodes d’ouverture et de fermeture ainsi que les dates de fauchage des « refus » (plantes et herbes non consommées par les animaux).
Ce calendrier pouvait être adapté selon la pluviométrie et les crues.
Deux ponts en bois permettaient autrefois d’y accéder : l’un à l’emplacement actuel du camping l’Ilot du Chail, l’autre à la Chaume du Château.
Près du pont de la Chaume du Château, une zone plus basse et humide était envahie par les carex, joncs et roseaux, dont seuls les équidés se nourrissaient.
En été, chaque famille venait faucher sa portion de refus, déterminée par la commission. Après séchage, ces herbes servaient de litière dans les étables aux animaux durant l’hiver, la commune disposant de peu de terres céréalières.

1-plan du marais communal de Sansais, vers 1807, dans le cadre du contentieux avec G.H. de Villedon

Entre 1807 et 1840 est accompli le relevé général de toutes les terres du royaume et la définition légale de leur propriétaire. Un premier plan sommaire du marais communal est établi vers 1807 : les droits de G.H. de Villedon ont été reconnus, mais la division (cantonnement) du marais a été interdite.
En 1830, le cadastre atteste le marais comme bien communal.
En 1840, la partie ouest est impactée par le creusement de la Rigole d’Amuré par le Syndicat des marais mouillés des Deux-Sèvres.

Le marais communal finit par être divisé en petites parcelles numérotées et attribuées aux familles de la commune par un tirage au sort effectué tous les trois ans.
À partir de 1865, un plan (repris en 1937) montre la division du marais en 600 « tâches » ou portions, chiffre ramené à 300 en 1886. En 1926, la durée de jouissance d’une tâche passe à neuf ans.

2-Plan du marais communal de Sansais, 1865, repris en 1937. En rouge, les chemins d’exploitation et en bleu, les nouveaux fossés

L’accès au marais communal resta longtemps difficile.
Le 28 juin 1866, la construction d’un premier pont, situé probablement à l’entrée nord-est du marais communal vers La Garette, est confiée à Jacques Papot, entrepreneur à Prahecq. L’ouvrage comprend des culées en maçonnerie, un tablier en charpente et des garde-corps métalliques.
Plus tard, le 18 mars 1889, un second pont est édifié à l’entrée sud-est du marais communal, à la Chaume du Château, par Daniel Mainson, sur les plans de l’agent-voyer Charles Desessard.

Les revenus issus des loyers et de la vente des peupliers contribuent au financement de la construction de l’église (1879), de la mairie-école (1894) et d’autres travaux communaux.

Du XXᵉ siècle à aujourd’hui

Dans l’entre-deux-guerres, la commune améliore l’écoulement de l’eau pour faciliter l’exploitation : en 1919, un barrage à poutrelles est établi dans le principal fossé (probablement le fossé des Canards), officialisé en 1923. Entre 1935 et 1937, avec l’appui des Ponts et Chaussées, un vaste programme d’assainissement est mené : création de chemins d’exploitation, creusement de 3 km de fossés, reconstruction du barrage, redivision des parcelles. Les travaux, réalisés par des ouvriers de Sansais et d’Irleau sous la direction de l’ingénieur Godin, se poursuivent jusque dans les années 1950 avec :

  • la démolition du barrage en aval de la conche du Marais Chalmot sur la Grande Rigole,
  • la construction de deux nouveaux barrages au Chail, permettant un meilleur assainissement du marais communal et la protection des marais du Vanneau en aval, en pouvant mieux réguler les niveaux de la Grande Rigole et la Rigole d’Amuré,
  •  la réfection des ponts du communal, création de chemins sablés sur dôme d’argile, de fossés, et des abreuvoirs.

Nous devons ces réalisations à Messieurs Marc Berny-Tarente et Amédée Lortion.

À cette époque, le marais couvre environ 110 hectares, ceinturés de canaux formant une clôture naturelle. Les parcelles sont alors réduites à environ 70 ares et attribuées annuellement aux familles pour diverses cultures (haricots demi-secs, prairies, maïs), attribution qui suscite parfois des débats en raison de la diversité des sols.

Dans les années 1970, la disparition des petites exploitations et le pillage des cultures maraîchères entraînent la suppression du système des tâches. Le marais est redivisé en grandes parcelles de 3 hectares, puis de 6 hectares.
À la fin des années 1990, l’État et l’Union européenne reconnaissent l’importance écologique du marais poitevin, deuxième zone humide de France. Des dispositifs comme la PAC (politique agricole commune) pour le maintien des prairies naturelles, l’OGAF (opérations groupées d’aménagement foncier) et la prime à l’herbe sont mises en place, avec un suivi agro-environnemental.
En 2023-2024, l’ancien marais communal fait l’objet d’une réhabilitation : dévasement, défrichement, restauration des berges et plantations d’arbres.

Aujourd’hui, le marais communal, d’une superficie de 88 hectares, bordé de peupliers, d’aulnes et de frênes têtards, conserve à la fois son intérêt écologique et son rôle patrimonial.
Il est le plus grand marais communal du département des Deux-Sèvres. Il s’inscrit dans l’ensemble des 23 marais communaux du Marais poitevin (2 148 hectares de prairies naturelles, 3 600 têtes de bétail, plus de 600 espèces faunistiques recensées).

Sources

  • Les biens communaux en France : origine, état actuel, partage, bornage des communaux et des talus de routes, constatation de leurs servitudes, loi du 17 mars 1898 par Eugène Freyssinaud, Imp. De L. Colas, Bray-sur-Seine, 1899.
  • Les biens communaux en France par Nadine Vivier dans Les propriétés collectives face aux attaques libérales (1750-1914) – Europe occidentale et Amérique latine sous la direction de Marie-Danielle Demélas et Nadine Vivier, Presses universitaires de Rennes, 2003.
  • Histoire des marais communaux du marais poitevin dans Futura – explorer le monde, le 10 juillet 2005.
  • Marais communal de Sansais par Yannis Suire dans dossier d’œuvre d’architecture – Vallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin, Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel, Centre vendéen de recherches historiques, enquête 2024.
  • Les actions du Parc dans Marais communaux du Marais poitevin, Parc naturel du Marais poitevin, https://pnr.parc-marais-poitevin.fr/action/agir-en-faveur-des-prairies-naturelles-des-marais-communaux-reservoirs-de-richesses-insoupconnees/, 2025.
  • Historique des marais communaux de Sansais-La Garette par Philippe Tardy, 2025.